Taxe foncière : va-t-on vers un nouveau calcul de l'impôt en 2028 ?

FINANCIER | 6 min. de lecture

La taxe foncière pourrait connaître une réforme majeure à partir de 2028. Dans le cadre de l'examen du budget 2027, un amendement parlementaire propose de revoir progressivement les bases de calcul de cet impôt local, aujourd'hui fondées sur des évaluations immobilières datant pour certaines des années 1970. La principale nouveauté ? La valeur locative cadastrale d'un logement pourrait être réévaluée à chaque vente, donation ou succession. Une évolution qui pourrait modifier sensiblement la facture des propriétaires et créer de nouvelles disparités fiscales. Mais cette réforme est-elle réellement sur le point d'aboutir ? Quels seraient ses effets sur les propriétaires et les futurs acquéreurs ?

 

Taxe foncière : pourquoi le mode de calcul actuel est-il contesté ?

Un impôt toujours calculé sur des valeurs datant des années 1970

Pour comprendre les enjeux de cette réforme, il faut revenir au fonctionnement actuel de la taxe foncière.

Cet impôt, payé chaque année par les propriétaires de biens immobiliers, repose principalement sur deux éléments : la valeur locative cadastrale du logement et les taux d'imposition votés par les collectivités locales.

La valeur locative cadastrale correspond au loyer annuel théorique que pourrait générer un bien immobilier dans des conditions normales de location. Pour les propriétés bâties, l'administration fiscale applique ensuite un abattement forfaitaire de 50 %, destiné à tenir compte des charges supportées par le propriétaire.

La base imposable ainsi obtenue est multipliée par les taux d'imposition applicables.

Le problème réside dans l'ancienneté des références utilisées. Pour de nombreux logements, les valeurs locatives reposent encore sur des évaluations réalisées en 1970, même si elles ont depuis été actualisées, revalorisées annuellement et parfois modifiées pour tenir compte des caractéristiques des biens.

Or, en plus de cinquante ans, le marché immobilier français s'est profondément transformé.

Certains quartiers autrefois populaires sont devenus particulièrement recherchés, tandis que d'autres territoires ont perdu de leur attractivité. Pourtant, ces évolutions ne sont pas toujours correctement reflétées dans les bases fiscales.

Résultat : deux logements présentant des caractéristiques comparables peuvent supporter des niveaux d'imposition très différents, indépendamment de leur valeur immobilière actuelle.

Une taxe foncière qui continue d'augmenter

Cette question intervient dans un contexte de hausse régulière de la fiscalité immobilière.

En 2026, les valeurs locatives cadastrales ont été revalorisées de 0,8 %, après plusieurs années marquées par des augmentations nettement plus importantes.

Cette revalorisation nationale s'applique indépendamment des décisions prises par les communes concernant leurs taux d'imposition.

Pour 2027, une augmentation plus importante est envisagée, sous l'effet du rebond de l'inflation. Les projections disponibles à la mi-octobre 2026 suggèrent une revalorisation des bases proche de 3 %, mais ce chiffre reste provisoire.

C'est dans ce contexte que les parlementaires souhaitent engager une réforme plus structurelle.

 

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Réforme de la taxe foncière en 2028 : que proposent les députés ?

Une réévaluation des logements à chaque transaction immobilière

L'initiative est portée par Philippe Juvin, député Les Républicains et rapporteur général de la commission des finances de l'Assemblée nationale.

Son amendement au projet de loi de finances pour 2027 propose d'engager, à compter du 1er janvier 2028, une révision progressive des valeurs locatives des locaux d'habitation.

Plutôt que de procéder à une réévaluation générale et simultanée de tous les logements français, la réforme privilégierait une approche graduelle.

La valeur locative cadastrale serait révisée à l'occasion d'une vente ou d'une transmission à titre gratuit, notamment une donation ou une succession.

Concrètement, lorsqu'un appartement ou une maison changerait de propriétaire, l'administration fiscale pourrait réexaminer sa valeur locative afin de mieux tenir compte des réalités immobilières contemporaines.

Cette méthode permettrait d'étaler la réforme sur plusieurs années, au rythme des transactions et des transmissions patrimoniales.

L'objectif serait double : moderniser les bases fiscales et limiter les effets brutaux d'une révision généralisée.

Une réforme adoptée en commission, mais pas encore définitivement votée

Il convient toutefois de distinguer l'intention politique de la réalité législative.

L'amendement a été adopté en commission des finances en octobre 2026, puis déposé pour être examiné en séance publique.

Cette première validation ne signifie pas que la réforme est définitivement adoptée.

Le dispositif doit encore franchir les différentes étapes de la procédure parlementaire dans le cadre de l'examen du budget 2027.

À ce stade, aucune modification du calcul de la taxe foncière applicable en 2028 n'est donc définitivement acquise.

Le calendrier, les modalités techniques et les éventuelles mesures d'accompagnement pourraient encore évoluer.

Quels propriétaires pourraient payer davantage de taxe foncière ?

Des hausses possibles dans les secteurs immobiliers les plus recherchés

La principale conséquence d'une révision des valeurs locatives serait une redistribution de la charge fiscale entre propriétaires.

Prenons l'exemple d'un appartement situé dans un quartier dont l'attractivité a fortement progressé depuis les années 1970.

Sa valeur locative cadastrale actuelle peut être relativement faible au regard du niveau des loyers pratiqués aujourd'hui.

En cas de réévaluation, sa base imposable pourrait augmenter, entraînant mécaniquement une hausse de la taxe foncière si les taux d'imposition restent inchangés.

À titre purement illustratif, imaginons un logement dont la valeur locative cadastrale passerait de 4 000 à 5 000 euros par an.

Après l'abattement de 50 %, sa base imposable passerait de 2 000 à 2 500 euros.

Avec un taux d'imposition global hypothétique de 40 %, la taxe correspondante évoluerait de 800 à 1 000 euros, soit une hausse de 25 %.

Cet exemple ne constitue évidemment pas une prévision. L'impact réel dépendrait des modalités retenues dans la réforme, des valeurs révisées et des taux locaux.

Certains propriétaires pourraient aussi bénéficier d'une baisse

À l'inverse, une réévaluation pourrait être favorable aux propriétaires de logements dont la valeur locative actuelle apparaît surévaluée par rapport à leur situation réelle.

Ce pourrait notamment être le cas dans certains territoires ayant connu une baisse d'attractivité ou une évolution défavorable du marché locatif.

La réforme ne signifierait donc pas nécessairement une augmentation généralisée de la taxe foncière.

Elle pourrait entraîner des hausses pour certains contribuables et des baisses pour d'autres.

Toutefois, il reste impossible d'identifier précisément les gagnants et les perdants sans connaître les règles définitives de réévaluation.

 

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Vente, donation, succession : quelles conséquences pour les futurs propriétaires ?

Un nouveau paramètre à intégrer dans un achat immobilier

Si la réforme était adoptée, la taxe foncière pourrait devenir un élément encore plus important dans l'évaluation du coût d'acquisition d'un logement.

Aujourd'hui, les acquéreurs consultent généralement le dernier avis de taxe foncière du vendeur pour estimer leurs futures charges.

Mais le montant payé par l'ancien propriétaire pourrait ne plus constituer une référence suffisamment fiable si la transaction déclenche une révision de la valeur locative cadastrale.

Un acheteur pourrait ainsi découvrir, après son acquisition, une fiscalité locale différente de celle anticipée.

Il serait alors essentiel de mieux intégrer ce risque dans le calcul du budget immobilier, aux côtés des mensualités de crédit, des charges de copropriété et des dépenses d'entretien.

Attention toutefois : le projet ne prévoit pas simplement de calculer la taxe foncière sur le prix de vente du logement. Il concerne la révision de la valeur locative cadastrale, dont les modalités précises restent à définir.

Les donations et successions également concernées

La réforme pourrait également avoir des conséquences sur la transmission du patrimoine immobilier.

Dans le cas d'une succession ou d'une donation, le changement de propriétaire pourrait déclencher une nouvelle évaluation cadastrale.

Un héritier recevant un appartement familial pourrait donc être confronté à une taxe foncière différente de celle acquittée auparavant.

Cette perspective soulève une question importante : deux propriétaires de logements similaires pourraient-ils supporter des taxes différentes selon la date de leur dernière transaction ?

C'est l'une des limites potentielles d'une réforme progressive.

Les logements récemment vendus ou transmis seraient réévalués plus rapidement, tandis que ceux conservés pendant plusieurs décennies pourraient continuer à bénéficier temporairement d'anciennes références fiscales.

Une telle situation nécessiterait probablement des mécanismes de transition pour éviter de nouvelles inégalités.

 

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Pourquoi cette réforme de la taxe foncière est-elle si difficile à mettre en œuvre ?

La révision des valeurs locatives cadastrales constitue un chantier ancien, régulièrement reporté en raison de sa complexité technique et de ses conséquences politiques.

La difficulté ne consiste pas seulement à actualiser les caractéristiques des logements.

Il faut également anticiper les répercussions sur les finances des collectivités territoriales, les propriétaires occupants, les investisseurs locatifs et les ménages modestes.

Une hausse importante de la taxe foncière pourrait fragiliser certains propriétaires disposant de revenus limités, notamment les retraités propriétaires de leur résidence principale.

À l'inverse, maintenir durablement des bases fiscales anciennes entretient des écarts d'imposition parfois difficiles à justifier.

La réforme devra donc trouver un équilibre entre équité fiscale, prévisibilité de l'impôt et protection des contribuables.

Par ailleurs, une révision des valeurs locatives pourrait avoir des répercussions sur d'autres prélèvements locaux utilisant ces références, notamment la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.

 

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Taxe foncière 2028 : faut-il déjà anticiper une hausse ?

Pour les propriétaires, la priorité reste de suivre l'évolution du projet de loi de finances pour 2027.

À ce stade, il serait prématuré de modifier une stratégie immobilière ou patrimoniale uniquement en fonction de cette réforme potentielle.

En revanche, plusieurs réflexions méritent d'être engagées.

Pour un futur acquéreur, il devient pertinent d'analyser non seulement le montant actuel de la taxe foncière, mais également le niveau de fiscalité de la commune et les caractéristiques du marché immobilier local.

Pour un investisseur locatif, une hausse éventuelle de la taxe foncière pourrait réduire la rentabilité nette du bien, particulièrement lorsque les charges sont déjà importantes.

Enfin, pour les propriétaires envisageant une donation ou une transmission successorale, cette réforme rappelle l'importance d'intégrer les charges fiscales futures dans la réflexion patrimoniale.

 

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En bref : une réforme potentiellement majeure pour les propriétaires

Le calcul de la taxe foncière pourrait profondément évoluer à partir de 2028, avec une révision progressive des valeurs locatives cadastrales lors des ventes, donations et successions.

Cette réforme chercherait à corriger les déséquilibres d'un système reposant encore largement sur des références immobilières anciennes.

Mais ses conséquences pourraient être importantes : hausse de la fiscalité pour certains propriétaires, baisse pour d'autres et modification du coût réel de détention d'un logement.

Pour l'heure, le dispositif reste une proposition parlementaire et non une réforme définitivement adoptée.

Les débats autour du budget 2027 seront donc déterminants pour savoir si cette modernisation de la fiscalité immobilière verra réellement le jour en 2028.

 

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Article publié le 20 Octobre 2026

Geoffrey HENRIOT Responsable communication 242 articles rédigés

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